Mercenaire - La critique d'Alexandre

Publié le par Insup

Si la carrière de jeunes footballeurs est souvent retracée au cinéma, notamment avec ce qui se passe autour des contrats, il n'en était pas de même s'agissant des joueurs de rugby, qui sont pourtant amenés à connaître les mêmes difficultés que les footballeurs.

Sacha Wolff se démarque sur ce plan en lançant un pari qu'on pourrait considérer comme risqué, quand on sait que le réalisateur était plutôt connu en tant que réalisateur de documentaires. Peut-être dans le but de marquer les esprits? De choquer? On ne pourra pas le savoir, à moins d'entrer dans sa tête. Mais une chose est sûre, le film est centré sur les dessous du monde de rugby, un monde basé sur l'argent, des marchés en tout genre, puisant épuisant même les joueurs.

Pour entrer dans le vif du sujet, le film parle de Soane, un jeune Wallisien de 19 ans, joueur de rugby à qui on offre l'opportunité un peu rapide d'intégrer une équipe professionnelle en France métropolitaine. Le jeune homme se retrouve rapidement confronté à un monde différent de son univers natal. En effet, lâché dès son arrivée en Métropole, avec la peur de rentrer au pays en raison de menaces qui planent sur lui (son père l'ayant renié et menacé), le jeune homme doit se battre pour construire sa nouvelle vie. Confronté aux pressions liées à l'argent, à la sensation d'être traité comme du bétail, également confronté au racisme, mais avec une soif de trouver sa liberté et l'amour, le film va se centrer sur son évolution personnelle.

Le premier point qui m'a marqué est le contraste qui apparaît au long du film entre deux univers: la terre natale de Soane, Wallis-et-Futuna, et le Sud-ouest de la France qui va être sa terre d'accueil. Un contraste qui pourra marquer tous ceux qui comme moi ont un jour pris la décision de quitter leurs terres. Entre la palette des couleurs de la Nouvelle Calédonie, et le côté sombre de la ville de Fumel…

L'accent est également mis, et c'est assez rare dans le cinéma français pour le souligner, sur les spécificités régionales. En effet, dans un contexte politique actuel visant à promouvoir les langues et cultures régionales, mais également l'égalité entre l'Outre-Mer et la Métropole, je n'ai pas vu de cinéaste s'étant essayé à cette promotion des cultures. Le réalisateur fait ici la part belle aux cultures régionales: l'on peut y voir ainsi les rites religieux de Nouvelle Calédonie, les rites maoris qui sont associés aux coutumes catholiques, mais également un rapport important à la langue (la langue maorie qui apparaît clairement, et l'accent du Sud-ouest).

Que dire du déroulé du film en lui-même? Peut-être qu'il nous plaque au sol tant le suivi du parcours de notre héros peut nous passionner? En effet, les déboires mais également les joies de Soane ne peuvent nous laisser indifférents. Le personnage nous entraîne, on devient le héros du film. Les regards qui sont portés sur lui, ses sentiments lors de son rejet, le racisme auquel il fait face, mais également l'amour qu'il trouve avec Coralie.

La place donnée aux personnages a également le mérite d'être soulignée. En effet, un cadrage particulier leur donne une place prépondérante tout au long du film. Le réalisateur filme les corps en gros plan, faisant disparaître le paysage.

Un dernier point que je soulignerais, c'est le fait que Sacha Wolff ait fait appel à des acteurs amateurs. Pari risqué, mais pari réussi.

A ceux qui hésiteraient à voir ce film, n'hésitez pas tant ces hommes réussiront à vous plaquer.

Alexandre Gigant

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